Les aveugles et l'éléphant
À partir d’un conte, Jean Loignon, vice-président de la Fraternité de Saint-Nazaire, propose une réflexion sensible et engagée sur l’avenir de la Frat. Entre accueil inconditionnel, professionnalisation, ancrage local et identité protestante, il interroge les tensions et les complémentarités qui traversent le projet associatif, et invite à rassembler les parts de vérité de chacun pour « rêver la Frat de 2035 ».
Je tiens de Boucar Diouf, biologiste océanographe, médiateur scientifique, chroniqueur, humoriste et voix écoutée dans son pays d'adoption, le Québec, ce conte issu de la tradition soufie.
Six aveugles se trouvèrent pour la première fois devant un éléphant.
Le 1er palpa une patte et dit : c'est une colonne.
Le 2ème frotta le flanc et dit : plutôt un mur très solide.
Le 3ème toucha une défense et dit : pas du tout, c'est une lance dans une matière dure et lisse.
Le 4ème palpa une oreille et dit : c'est un éventail épais.
Le 5ème caressa la trompe et dit : non, c'est un gros serpent.
Le 6ème tira la queue et conclut : c'est une grosse corde effilochée.
Les aveugles confrontèrent leurs opinions et comme chacun pensait avoir raison, ils se querellèrent sans fin. Mais un vieux sage qui passait par là leur dit : vous avez tous raison et tort à la fois. Chacun de vous a vu juste et détient une part de la vérité. Mais c'est en rassemblant ces parts que vous parviendrez à la vérité et pourrez dire ce qu'est un éléphant. Les aveugles se réconcilièrent et devinrent d'éminents zoologues.
La Fraternité de Saint-Nazaire veut se réinventer et pour « rêver la Frat de 2035 » les langues et les post-it vont bon train entre les discussions entre deux portes et les réunions dédiées.
La Frat est un lieu d’accueil inconditionnel pour les plus précaires et aussi longtemps que cette précarité durera, ce doit être la dominante de son projet.
La Frat est aussi un Espace de Vie Sociale (je préférerais Solidaire) et à ce titre reçoit des subventions. Et si l’accueil du monde des gens de la rue semble peu conciliable avec celui des gens du quartier parce ce qu’ils en ont peur, il faudrait externaliser le premier.
L’enseignement du français aux migrants doit se professionnaliser et viser l’obtention des diplômes exigés par l’administration, même si les bénévoles ne s’en souciaient pas auparavant.
Et l’animation spirituelle ? Vraiment, dans une association laïque ? Et que fait-on de l’identité protestante, originelle et bien réelle aujourd’hui ?
La diversité des acteurs de la Frat, la particularité de leur engagement, la liberté intrinsèque au bénévolat nous conduisent à une vision éclatée de la Frat, où chacun à raison et tort à la fois. Il nous manque ce vieux sage qui saura assembler nos parts de vérité et nous lancer – réconciliés – dans nos projets de demain.
On ne peut donc être jamais tranquille !?
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