L’enfer est-ce vraiment les autres ?
Derrière une formule devenue slogan, souvent brandie pour justifier le repli sur soi ou la défiance envers l’autre, se cache une pensée bien plus subtile. En relisant Jean-Paul Sartre à l’aune de nos pratiques d’accueil et de nos engagements dans les Fraternités, Laurent Piolet nous invite à déplacer le regard : et si la relation à l’autre, même rugueuse, était une condition essentielle de notre humanité ?
« Pas besoin de grill, l’enfer c’est les autres » . Cette phrase bien connue ravira tous les désespérés d’un moment, les misanthropes structurels et sans doute les xénophobes éternels ou sans cesse renouvelés. Sauf qu’elle a été l’objet d’une mécompréhension invraisemblable, au point que l’auteur lui-même a jugé nécessaire de faire une mise au point ultérieurement. Les problèmes commencent-ils avec l’altérité, l’apparition de l’autre dans notre conscience ou dans nos relations ? Non, dit Sartre, il n’y a de relation infernale que si nos rapports avec les autres sont viciés. « Les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes » Donc totalement nécessaires. Et si l’on prolonge la phrase précédente dans sa logique, on ne peut se connaître soi-même qu’en passant par l’autre.
Risquer l’autre dans un monde du repli
Dans un monde perche et selfie, m’as-tu vu dans mon beau blog, dans les temps de repli actuel, dans une période de rejet de l’étranger, cette phrase restituée dans sa bonne compréhension prend tous son sens. Il faut risquer l’enfer, il n’y a pas d’autre solution ni d’autre voie. Sans l’autre c’est le non-être, avec l’autre c’est peut-être autant la possibilité de l’enfer que du paradis. Sartre, athée résolu dans son hérédité protestante, nous donne une vision étonnante de l’évidence de l’accueil, de l’intérêt à l’autre.
Accueillir au quotidien : entre bonheur et rugosité
Dans les fraternités de la Mission populaire, nous sommes nombreux à nous occuper d’accueil et de domiciliation de personnes n’ayant pas de domicile stabilisé. Tous ne sont pas des migrants, mais beaucoup sont également à des étapes diverses de leurs parcours de migration : primo-arrivant, travailleur bien qu’encore dans une situation précaire, famille regroupée déjà fortement installée en France. Et pour tous ceux qui sont au contact des personnes accueillies, nous savons que selon les uns ou les autres, les jours de la semaine, c’est exactement cela, la relation peut osciller du bonheur au rugueux. On évitera de dire l’enfer, d’ailleurs personne ne le connaît et n’en est revenu pour nous en parler. Sartre a raison, cette histoire de grill, ça doit être une arnaque.
« Tout un homme, fait de tous les hommes »
Alors à qui sommes nous confrontés chaque jour d’accueil ? A des hommes fait de tous les hommes, qui les valent tous et que valent n’importe lesquels. Ça, c’est la conclusion de Sartre sur sa vie dans son autobiographie, Les Mots. « Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »
Et c’est un peu pour cela qu’il a refusé le Prix Nobel.
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