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Jean LOIGNON
6 mai 2026
Bénévoles : parce qu'ils·elles le veulent bien...

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Bénévoles : parce qu'ils·elles le veulent bien...

À travers une réflexion nuancée sur le bénévolat, Jean Loignon interroge les paradoxes d’un engagement à la fois libre, indispensable et en mutation. Entre quête de reconnaissance, exigences de professionnalisation et évolutions démographiques, il met en lumière les défis humains et collectifs qui traversent aujourd’hui la vie associative.

Les trésoriers de certaines associations tiennent à comptabiliser une rémunération fictive des heures accomplies de bénévolat, de façon à montrer l’économie réalisée par la collectivité publique en matière d'emplois : 1, 4 M d'Équivalents Temps Plein, dit-on, en France. Cela souligne très visiblement l'ampleur de la contribution sociale du bénévolat mais la démarche reste discutable car fixant souvent un tarif identique - l'heure de SMIC - alors que la charge de travail et les compétences sont diverses mais surtout elle heurte le principe fondamental de la gratuité du bénévolat. Pour autant, l'engagement de millions de personnes pour le bien commun ne révèle-t-il pas des demandes compensatrices, constituant à terme un « salaire non-dit » à prendre en compte dans la gestion humaine de cette ressource?

La première demande souvent inconsciente serait la valorisation de soi par la reconnaissance sociale du don de temps, de travail, de compétences. Elle est sensible surtout si l'engagement intervient au moment de la retraite, parfois ressentie comme une mise à l'écart du monde des actifs. L'écart entre une vie professionnelle (trop?) remplie et la soudaine disponibilité de la retraite génère un besoin impératif de « s'occuper », au point de se demander si certains ne seraient pas prêts à payer pour cela. De fait, ils ou elles le font en négligeant souvent de se faire rembourser les frais personnels engendrés par leur activité bénévole. La vie professionnelle s'exerce généralement dans un cadre contraint, avec des mutations subies plus que choisies. Le bénévolat ne permet-il pas de retrouver et de légitimer une autonomie dans les tâches librement acceptées? Mais l'exigence de professionnalisation dans la vie associative existe et du coup un certain conservatisme peut se manifester, au nom du simple principe « je fais comme je veux, puisque je le fais gratuitement ».

Cette professionnalisation est conjointe aux subventions publiques qui irriguent les associations. Si elle convient aux bénévoles ayant exercé des fonctions d'autorité et désirant les continuer, elle ne sied pas toujours aux bénévoles de base, parfois indifférents, voire hostiles à l'action d'un Conseil d'administration, pourtant lui aussi bénévole et appelé à être renouvelé. En découle parfois d'étonnantes attitudes proches d'un « salariat » face à un « patronat » : un comble dans le bénévolat. Mais il ne faut pas oublier que le bénévolat est aussi un refuge salvateur pour des personnes qui peuvent y surmonter leurs fragilités ; dans le secteur de l'accueil social, la frontière est parfois indécise entre les accueillants et es accueillis.

Il y a une soixantaine d'années se terminait le baby-boom, dont les générations de « boomers » ont nourri comme jamais la vie associative. Nous allons inexorablement vers une décrue et un vieillissement démographique du bénévolat qui restera toujours aussi indispensable. Aux dirigeants bénévoles des associations et à l’État d'anticiper ces mutations et, avec humanité et doigté, d'en relever les multiples défis.

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