Colère lycéenne, oui c’est les ténèbres !
Face à la colère des lycéens et à la répression de leur mobilisation, Valérie Rodriguez interroge la réponse apportée par les pouvoirs publics à une jeunesse confrontée à des inégalités grandissantes et à un avenir incertain. À travers le quotidien des jeunes accueillis dans les Fraternités de la Mission populaire, elle appelle à entendre leurs revendications et pose une question essentielle : faut-il rétablir l’ordre ou la justice ?
Depuis quelques semaines, les médias se déchainent pour fustiger le mouvement lycéen ou, à contrario, pour soutenir ces lycéens dans la manifestation de leur colère légitime. Toutes ces séquences médiatiques sont symptomatiques d’un malaise profond d’une certaine jeunesse délaissée qui tente de se faire entendre et d’exprimer ses griefs face à des politiques dont le mépris est assourdissant. Mais au fond, que nous disent-ils ces lycéens ? Que leurs conditions de scolarité sont déplorables ? Oui nous le savons : classes surchargées, professeurs absents, emploi du temps de ministre, pression Parcoursup, etc. … Que leur avenir est compromis et que la société dans laquelle ils vont devoir vivre n’incite pas au plus délirant des optimismes ? Oui nous le savons aussi !
Dans nos Fraternités de la Mission populaire, nous accueillons ces jeunes pour différentes activités. Des jeunes comme Kadiatou* qui vient d’avoir son bac mention très bien malgré un contexte familial peu favorable, des jeunes comme Fatoumata* qui intègre Sciences Po alors que sa mère ne sait ni lire ni écrire ? Que nous disent-ils ces jeunes ? De leur courage, de leur opiniâtreté, de leur amour de cette « république » qu’on ne cesse de leur balancer à la figure en leur disant qu’ils ne la respectent pas ? Ils disent qu’ils veulent s’en sortir, qu’ils croient à cet ascenseur social qui n’existe plus que dans leurs fantasmes, qu’ils veulent une vie meilleure que celle de leurs parents !
La réponse consiste uniquement à vaguement colmater des brèches béantes (3000 profs) et à réprimer ce mouvement avec des séquences d’une violence inutile et coupable. Des yeux, des mains sautent… Des familles sont réveillées à 6 h du matin pour une perquisition et un gamin terrorisé est embarqué en garde à vue. Oui on pourrait dire que brûler des poubelles ou des lycées est contre-productif, oui on pourrait dire que ça ne fait pas avancer d’un iota les revendications… Mais quand ceux et celles qui nous gouvernent se bouchent les oreilles et hurlent de concert en dénonçant des émeutes, des actes d’une gravité inouïe, des « racailles » qui cassent, je vois aussi des pancartes qui disent une vérité stupéfiante. Cette vérité c’est celle d’une jeunesse que l’on relègue dans des lycées poubelles pendant que d’autres étudient à Janson de Sailly avec vue tour Eiffel… Cette vérité c’est celle de gamins mutilés parce-que l’on envoie la police pour arrêter ce mouvement au lieu d’écouter vraiment ce que cette jeunesse a besoin de dire. Cette vérité c’est celle d’un gouvernement à bout de souffle et qui ne sait que répondre par la violence à des revendications légitimes.
Alors on fait quoi maintenant ? On tente de les faire taire à tout prix ces lycéens ? Pour que tout rentre dans l’ordre ? Que tout rentre dans l’ordre alors que le taux de tentative de suicide explose, que la santé mentale des jeunes est une préoccupation majeure pour de nombreux professionnels du secteur médical, que les inégalités se creusent toujours plus ? Que tout rentre dans l’ordre alors que des étudiants ont faim et se privent de repas régulièrement ?
Faut-il rétablir l’ordre ? ou simplement la justice ?
* Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat
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