Comment ça marche ?
Quelle différences il y a-t-il entre une marche militante et une manifestation classique ? Que nous disent ces grands mouvements populaires ? Petite rétrospective de marches non-violentes importantes.
Les marches ont marqué l’histoire des mouvements non-violents. En quoi diffèrent-elles des manifestations classiques ?
La manifestation a comme objectif de réunir le plus de personnes possible pour montrer sa force, elle joue sur le rapport de force. La marche est seulement portée par un petit groupe pour montrer que l’important est d’abord le message de justice : notre force est d’abord notre message, nous voulons montrer que le pouvoir est en décalage entre ses discours et ses actes. Le sel appartient à tous ; le droit de vote est pour tous ; même jeunes de banlieue nous sommes égaux. La participation le long de la manifestation ou à son arrivée ne fait que renforcer le soutien au message. En marchant longtemps, en mettant les corps à l’épreuve, il est montré un engagement qui prouve la sincérité et la dimension vitale de la demande.
Alors que la manifestation ne dure qu’un après-midi, la marche dure un certain temps. Il s’agit de faire jouer le temps pour la justice. L’objectif est de faire changer d’avis le pouvoir. Le temps de la marche est celui qui permet à la puissance visée et à l’opinion publique de passer des étapes. D’abord ignorer ce trouble qui a brisé le consensus qui permettait au statu quo injuste de perdurer jusque-là. Puis, quand on ne peut plus ignorer — en raison des personnes qui la soutiennent sur son parcours ou de l’écho qu’en font les médias — éventuellement dénigrer et essayer de négocier pour faire cesser le trouble. Puis, prendre en compte la demande.
La marche du Sel (1930)
Du 12 mars au 6 avril 1930, Gandhi, en lutte pour l’indépendance de l’Inde, mène une marche de 79 personnes de son lieu de vie, son ashram, à l’océan Indien soit 390 kilomètres. À l’arrivée, lui et ses compagnons recueillent à la main du sel dans la mer. Par cette action, ils dénoncent le monopole que la puissance coloniale britannique s’est arrogé sur la production de sel, ingrédient pourtant essentiel de la vie quotidienne. Partout en Inde, des Indiens se mettent à récolter le sel eux-mêmes, défiant la puissance coloniale. 60 000 personnes, dont Gandhi, sont mises en prison. Mais finalement, le vice-roi des Indes reconnaît son impuissance et accorde la fin du monopole sur le sel. Cette victoire matérielle et symbolique est un coup puissant porté au prestige de l’empire britannique. L’Inde gagne son indépendance le 15 août 1947.
« Si tu ne peux pas marcher, alors rampe, mais quoi que tu fasses, tu dois continuer à avancer. » - Martin Luther King
La marche de Selma à Montgomery (1965)
En 1965, le mouvement des droits civiques mène une campagne dans le sud des États-Unis contre les restrictions au droit de vote des Noirs. Le 7 mars, une marche – avec notamment la participation de Martin Luther King – est organisée de la ville de Selma à la capitale de l’État de l’Alabama (Montgomery), soit 87 kilomètres pour porter les revendications au gouverneur. Elle répond à l’assassinat d’un militant quelques jours plus tôt. Au bout de quelques kilomètres, une violente intervention de la police, au pont Edmund Pettus, interrompt la marche. Les images des violences (84 blessés) et notamment sur une femme âgée font le tour du monde. Une seconde marche est organisée le 9 mars. Mais face à la police, il est décidé de faire demi-tour. Une troisième marche est organisée le 21 mars. Face à la pression politique nationale – et notamment de l’État fédéral – elle peut cette fois aller jusqu’à Montgomery où elle arrive le 25 mars, réunissant plus de 25 000 personnes.
Le 6 août 1965, le président Lyndon B. Johnson signe le Voting Rights Act qui s’attaque aux obstacles au droit de vote des Noirs.
La marche pour l’égalité (1983)
En septembre 1983, le Front national fait une percée aux élections municipales de Dreux. Toute l’année 1983 ont eu lieu une série de meurtres racistes, 23 selon les associations. À l’été 1983, des affrontements ont lieu entre les jeunes et la police dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, lors desquels Toumi Djaïdja, président de SOS Avenir Minguettes, est grièvement blessé. Les jeunes du quartier, en lien notamment avec des associations de Marseille, soutenus par le père Christian Delorme et le pasteur Jean Costil, décident d’organiser une marche sur le modèle de celles de Gandhi et de Martin Luther King. Ils revendiquent la création d’une carte de séjour de 10 ans et le droit de vote pour les étrangers. Le 15 octobre, 17 personnes (dont 9 Lyonnais) partent de Marseille pour Paris. Ils parcourent 1 500 kilomètres jusqu’à Paris, accueillis dans les villes et les villages, par les mairies, les associations, les paroisses.
Lors de l’arrivée à Paris, la marche devient une manifestation de 100 000 personnes. Les marcheurs sont reçus par François Mitterrand qui leur promet la carte de séjour de 10 ans et des lois contre les crimes racistes et pour le droit de vote des étrangers.
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Par Stéphane Lavignotte, pasteur et membre du Comité de rédaction de Présence
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