|
PRÉDICATIONS
ROBERTO
BELTRAMI
==============================
Lieu: AG MissPOP Paris 2007
Date: 25 mars 07
Texte: Dt 06 :04-09, 26 :01-11
Titre: Mémoire et transmission
Introduction :
Avant d’entrer dans l’analyse de
chacun des textes lus, laissez moi faire une petite introduction au
livre du deutéronome, un livre que nous devrions lire plus souvent.
Depuis longtemps on a pensé qu’on
détenait avec le Dt le livre retrouvé dans le temple (2Rois22) et
qui fut à l’origine de la grande réforme religieuse du roi Josias
(2Rois23). Peu importe que ce soit ou pas le livre retrouvé à
l’époque de Josias, ce qui est important c’est que ce livre est un
livre de réformes, des réveils, de retrouvailles. Réforme, réveil,
retrouvailles, ce sont des maîtres mots pour cette AG Mission
Populaire Evangélique et Soleil et Santé.
Transmission et
mémoire perdues :
Le livre du deutéronome
arrive juste à un moment où la transmission de père en fils de
grand-père en petit-fils a été rompue. La mémoire du peuple est
perdue. Ce qui fonde l’identité religieuse, politique, sociale et
culturelle de ce peuple n’est plus. Le devoir de mémoire n’a pas
été respecté. Et bien sûr, lorsque quelqu’un perd sa mémoire ne
sait plus qui il est, d’où il vient ni où il va.
C’est dans une pareille
situation que le livre du deutéronome arrive. Il est là pour aider
ce peuple à reconstruire son identité, pour aider chacun à
retrouver le sens de sa foi et de sa vie. Vous comprenez donc mieux
le choix de ces lectures aujourd’hui lors de cette assemblée
générale.
Crise de la
relation :
Alors, devant la réalité,
le deutéronomiste va se comporter en bon théologien, c’est-à-dire,
il va essayer tout simplement de donner un sens à la vie. Il part
du postulat suivant : il y a une crise dans la relation entre
Israël et son Dieu, il y a une crise des normes selon lesquelles
cette relation a été établie et peut être évalué. Crise dont parle
tout le mouvement prophétique. Mais, à la différence des prophètes,
le Dt ne vise pas à annoncer un jugement définitif et
inconditionnel, mais se préoccupe de repenser et de reformuler ce
qui jusqu’alors était les normes de la relation avec Dieu en
vigueur, de manière à pouvoir le ré inculquer, le « prêcher » si
vous voulez, au peuple.
Le Deutéronomiste reviendra souvent
sur l’idée de retour vers Dieu, du retour vers les fondamentaux de
cette relation. Peut-on donner un autre sens à la vie que celui
défini par cette orientation de l’homme sur sa transcendance ?
La tentation est grande. Nous pouvons
construire des grandes œuvres, construire de milliers de
fraternités et de foyers, construire quinze Sainte Honorine que les
générations futures admireront, faire des grandes œuvres qui seront
inscrites dans le grand livre de la vie. Dans toutes ces activités,
on peut trouver un sens que l’on souhaite donner à la vie.
Mais le sens selon le
deutéronome est différent. C’est d’abord d’accepter notre propre
condition humaine ou dit dans un langage plus moderne, tout
simplement accepter nos limites. C’est la seule voie pour pouvoir
s’accepter et s’aimer tels que l’on est, et non pas tels que nous
voudrions être et encore moins tels que nous croyons être.
Bonhoeffer, lorsqu’il essaye de définir le statut de l’homme devant
Dieu dans son étude de la Genèse, dit que Dieu présente à Adam le
monde comme disponible pour lui, il peut le dominer ; mais pourtant
au centre de ce monde il est un arbre dont Adam n’a pas le droit de
faire une possession. Au centre donc est la limite qui rappelle à
l’homme qui il est.
Donc le Deutéronome va parler
d’identité. Il va aider à récréer l’identité de ce peuple en
parlant alternativement de la terre, de l’histoire, de l’unité du
peuple, de la loi et de Dieu. Et c’est là que nous retrouvons nos
deux premiers textes.
Sh’ma Israël (qui
suis-je):
Pour reconstruire une identité il
faut aller d’abord vers ce qui nous crée et qui constitue.
Pour nous comme pour le peuple de la
Bible, cela équivaut à faire exercice de mémoire et redire une et
mille fois : « Le Seigneur est notre Dieu, et Lui seul. Le Seigneur
est Un ».
Le Seigneur est le Dieu Parole, qu’on
ne peut voir ni représenter mais seulement écouter : c’est une
voix, rien qu’une voix et il ne supporte aucune représentation. Le
Dieu Un est aussi celui de l’élection gratuite, qui a choisi le
plus petit et le moins valeureux des peuples afin d’accomplir dans
l’histoire de merveilles pour et par lui. C’est le Dieu cohérent
qui appelle à la conversion, à un vrai retour à la Ecriture Sainte
et à une écoute renouvelée du Seigneur qui y parle.
Ce Dieu qui a choisi la plus petite
de ses Missions pour mener à bien une partie de son projet de voir
l’être humain réconcilié avec lui-même et avec ses semblables, un
être humain débout partout car vivant dans sa vraie dignité de
créature de Dieu.
Qui suis-je Mission Populaire
Evangélique de France devant Dieu aujourd’hui ? Qui suis-je Soleil
et Santé…A la base les projets sont toujours les mêmes : nous
sommes cette tentative protestante de témoignage et d’action, de
témoignage dans l’action dans le milieu populaire. Et de témoignage
à notre manière, c’est-à-dire sans prosélytisme, sans imposition,
sans dogmatisme mais dans la plus grande ouverture et la plus large
tolérance.
Cela nous permet entre autres de
répondre à la question « que faire ? ». Que faire devant la
confusion générale régnante, devant les multiples dieux qui se
présentent à nous jour après jour et essayent de prendre la place
du seul et véritable. Que faire face au règne absolu du marché,
face à la marchandisation de l’homme et de son souffle, de sa vie
et de sa planète. Que faire devant les dieux de la consommation, et
devant ceux du bien être à tout prix, et devant ceux de l’apparence
et du je m’enfoutisme ? Commencer toujours par redire dans notre
cœur : « le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est Un ».
Mon histoire (d’où
viens-je) :
Pour reconstruire une identité
oubliée nous avons commencé par répondre au « qui suis-je » : la
création de Dieu, qu’il aime et qu’il chérit. Il faut maintenant
continuer par notre histoire, c’est-à-dire répondre au « d’où
viens-je ? ». C’est ce qui est merveilleusement formulé par le
deuxième texte.
Cette confession de foi parle donc de
« l’araméen errant » comme l’ancêtre fondateur, celui-ci n’est
autre que Jacob-Israël. Une autre tradition veut que le fondateur
soit le chaldéen (aujourd’hui on dirait l’iraquien) Abraham. Ces
deux traditions ne sont pas à mettre en concurrence puisque les
deux confirment le même message : ils confirment l’origine païenne
des Juifs, les juifs sont des « goyim » que Dieu a mis à part pour
son service. Et qu’il fait devenir un peuple saint, ce qui met en
relief le paradoxe de l’élection divine.
Chaldéen (iraquien) par Abraham,
araméen (syrien) par Jacob, Israël est deux fois goy, et de toute
manière plus qu’un nomade, un Errant renvoyé de tous les côtés par
les grands.
La Mission Populaire Evangélique
(Mission Mc All) comment commença-t-elle, comment a t elle vu le
jour ? Parce qu’un étranger est parti de chez lui pour mener à bien
une intuition : celle de partager cette bonne nouvelle de la part
de Dieu avec des destinataires généralement oubliés par le monde
protestant : le milieu populaire et principalement le monde
ouvrier. Et si ma mémoire et mes lectures sont bonnes, le
développement de notre mission, mis à part quelques lieux en béton,
s’est fait d’abord à partir de lieux mobiles, comme la tente dans
le désert. Ces tentes sont devenus de lieux fixes avec le temps. Et
je dirais que nous sommes passés de l’image de la tente à celle du
puits : nos maisons, nos Frat, Foyers etc sont de lieux où de
multiples chemins se croisent et où chacun devrait pouvoir trouver
de quoi reprendre des forces pour réaliser le chemin qui est le
sien.
Mais pour que cela continue d’être
possible, il ne faut surtout pas perdre la mémoire d’où l’on vient.
Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord avec moi…mais si la mienne
de mémoire est bonne nous n’avons jamais abandonné ce principe de
base qui nous a fait naître : celui d’annoncer et de travailler
pour la libération de tous les esclavages qui avilissent, méprisent
et exploitent l’homme. Et que pour cela nous fondons notre action
dans le message biblique et tout particulièrement dans l’exemple de
vie de Jésus de Nazareth.
Ceci pour dire, à l’intérieur de
cette assemblée, redire haut et fort que nos lieux de témoignage
sont justement de lieux de témoignage. Dit d’une autre manière nous
ne sommes pas « que » de centres sociaux, ni de foyers ni de je ne
sais pas quoi. Ceux qui disent que le temps d’être église est passé
dans nos frats et que le temps du tout social et que du social est
venu se mettent hors jeu et abandonnent doucement la Mission
Populaire Evangélique. En gros pour nous ils meurent car ils se
coupent du cœur qui donne sens et vie au tout.
Oui, c’est beaucoup plus facile de
faire que du social…mais cela même la droite la plus extrême sait
le faire (que faisons nous d’extraordinaire si nous ne nous
définissons que par rapport à ça).
Nous, c’est justement
l’extraordinaire (pas l’exclusive car d’autres le font autant ou
mieux que nous) : ce que nous faisons dans le social, le culturel,
bref dans tout le domaine de l’éducation populaire, nous ne le
faisons pas comme prétexte et encore moins comme préalable à
l’évangile, mais parce qu’à partir de notre foi profonde et de
notre compagnonnage avec le milieu populaire, nous sommes capables
d’identifier le projet de Dieu dans la défense inconditionnelle de
la dignité de la vie de chaque être humain.
Donc, d’abord mémoire de celui qui
nous a mis sur la route, et ensuite mémoire sur la route spécifique
qu’il nous a plus ou moins tracée.
La terre (mes/les
biens) :
Pour finir, où allons
nous ? Le choix des textes n’est pas innocent : encore et toujours
vers le don de nous-mêmes pour l’amour du prochain.
Où est placée cette solennelle et
magnifique confession de foi du Dt 26? Avant l’offrande de
prémices. Ce n’est pas le hasard, ni la déesse terre ni la pluie ni
la fécondité ni la chaleur ni le soleil qu’on remercie, mais le
Dieu de l’histoire, le Dieu de la libération. La joie est annoncée
dans ce don, joie qui est fruit de la reconnaissance envers Dieu et
son action.
Le geste de l’offrande renvoie aussi
au partage avec le lévite et l’émigré. Après l’offrande, on fait la
fête avec l’étranger, avec le païen, avec celui et celle qui ne
croit ni vit sa foi ni ses principes vitaux comme moi, ce qui ne
m’empêche pas de tracer la route avec lui. Car tu te dois de
partager cette joie que Dieu te donne avec tous ceux qui sont au
milieu de toi et qui sont aujourd’hui ce que tu étais hier : un
araméen errant. Vous voyez donc comment un simple geste d’offrande
peut renvoyer très loin, il dit beaucoup sur nous, sur notre
histoire, sur notre foi et surtout sur notre relation à Dieu. Nous
y penserons tout à l’heure.
Conclusion :
Voilà donc ce long parcours biblique
qui nous permet de construire, de reconstruire, de retrouver ou
bien de repenser notre identité en tant que personnes, en tant que
Soleil et Santé, en tant que Mission Populaire Evangélique, Mission
dans l’Industrie, Equipe Ouvrières Protestante, etc.
C’est mon souhait le plus profond que
tous ceux et celles que nous rencontrons jour après jour puissent
savoir, par nos paroles et nos actes de tous les heures de tous les
jours de notre vie, que le Seigneur, celui qui parle à travers ces
textes est notre Dieu, et qu’Il est le seul Dieu que nous avons.
Identité et Mémoire, mes frères, identité et mémoire mes sœurs. Et
transmission, tous les jours à n’importe quelle heure à travers
toute parole et geste. Que la réflexion continue. Amen.
|