La Misspop: en page de démarrage

 

 

 

 

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   La violence dans les banlieues

 

Vue par Robert Mollet, pasteur, directeur de la Fraternité Mission populaire de Trappes-en-Yvelines (Miss Pop).

 

La première violence est de notre fait à tous : elle résulte de mises à l’écart cyniques, de désertions citoyennes et de promesses politiques et sociales non tenues. Ces banlieues : font-elles encore partie de « notre » territoire ou bien n’est-ce pas plutôt un lieu de relégation et – osons le mot - d’apartheid ?

De plus, il faut bien constater qu’on a « pensé » des immeubles et des cités intrinsèquement déclencheurs de violence. Comment a-t-on pu se tromper à ce point ? Sur cet habitat inadapté se sont additionnées d’autres violences : échec scolaire, crise de l’emploi et tant d’autres misères…

 

Dégradation

Nous faisons comme si nous ne savions pas(*) que notre société, depuis une bonne trentaine d’années, génère  de l’exclusion, et que, ma foi, nous nous en accommodons pas trop mal.

Chacun(e) peut constater, là où il/elle vit, que la déréglementation néolibérale (pour parler comme un gauchiste ou pire, un altermondialiste) affecte négativement ceux qui sont démunis et précarise tous les aspects de leur vie. Comme elle affiche, avec impudeur la bonne santé de rémunérations indécentes des riches. Et enfin comme elle fait taire tous ceux qui se situent, comme vous et moi, entre les deux.

Cette évidente dégradation n'est pas seulement économique et sociale. Je crois que ses aspects affectifs et culturels sont bien plus dangereux. En particulier tout ce qui dévalorise la personne et l’humilie à ses propres yeux comme dans le regard des autres. N’est-ce pas d’abord aux églises, ou en tout cas au peuple des églises, de se préoccuper de cet aspect symbolique des choses ?

 

 Langage

La violence est le dernier langage quand on ne sait plus utiliser les autres. Mais il y a de nouvelles formes de violence tacite : la culpabilisation des personnes. Ce qu’on peut résumer sous le terme, emprunté à Loïc Wacquant, de « criminalisation de la pauvreté » qui voudrait que si les pauvres sont pauvres, c’est (surtout) de leur faute. Ce discours et tout ce qui l’accompagne me font dire que, dans notre pays, nous avons déjà politiquement démissionné, c'est à dire renoncé à vivre un projet de communauté humaine unique, autour de la devise républicaine, et dans lequel les services publics ont une action égalitaire qu’aucun marché ou « prestation » ne compensera jamais.

 

 Egalité

A la Miss Pop, nous revendiquons une proximité, c'est-à-dire, en langage théologique, être « prochains ». Mais comment être prochains, de manière ni compassionnelle, ni victimaire, mais entre égaux ? La victimisation est vraisemblablement, pour nos milieux marqués par l’Evangile, le pire des dangers. Etre égaux pose d’abord l’exigence de justice sociale. Si témoignage il y a, c’est par les actions qui visent à compenser toutes ces inégalités des chances, ressenties comme autant d’injustices sociales. C’est aussi par l’apprentissage de silences qui laisseraient assez de place à l’autre pour qu’il/elle puisse s’exprimer… mais ça, c’est quasiment impossible !

Il y a quelques années, Jean-Pierre Molina, le bibliste de la Miss Pop, résumait tout cela en quatre verbes : prier, payer, peser, inventer (**). Ce programme me semble toujours d’actualité pour la Miss Pop de Trappes... et pour tant d’autres lieux associatifs, communautaires et ecclésiaux.

 *) voir l’ouvrage récent de D. Hazan, LQR, éditions Raisons d’agir, 2006

**) voir l’article biblique du document FPF « Travail, partage, exclusion » (tome 1), 1994