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Faîtes
l’expérience. Après avoir fermé les yeux quelques instants, ouvrez-les tout
à coup. Vous constatez que vous êtes au centre de votre champ de vision. Tel
objet à votre droite, tel autre à votre gauche, tel autre encore tout proche
et tel autre plus lointain : c’est votre regard qui organise le monde que
vous percevez et vous en êtes le centre.
A l’inverse, quand une sirène
d’ambulance passe dans la rue, qu’un orchestre vous charme, qu’une
conversation se déroule à la table voisine ou que quelqu’un vous appelle,
vous faîtes l’expérience opposée : c’est à côté, plus loin, là-bas
que « ça se passe » ; vous n’êtes pas le centre du
monde.
Ecouter nous attire, nous aimante et, en même temps, nous met à distance en
nous rendant en quelque sorte « étranger » à ce qui nous entoure.
Ecouter, être écouté, est ainsi une
expérience vitale. On le sait bien, d’ailleurs : quand on n’est pas écouté,
on sent monter l’agacement puis la violence en soi, car on éprouve ce
sentiment de ne pas avoir de place, de ne pas être reconnu. Ne pas être écouté,
c’est être nié ; être écouté, c’est commencer d’exister en tant
qu’être vraiment humain.
C’est ce qui me paraît le plus
tragique dans cette lamentable affaire de la circulaire du 13 juin. Le nombre
des régularisations envisagées a été annoncé avant même que tous les
dossiers soient déposés. Contrairement a ce qui a été prétendu, elles ne se
sont donc pas faites en fonction d’un examen au cas par cas, mais dans le
cadre d’un quota global. Autrement dit : « cause toujours »
… Et on s’étonnera de voir la violence grandir chez ceux que non seulement
on n’écoute pas, mais qu’en plus on prétend avoir écouté ?
C’est
vrai, écouter est très exigeant. Nous le savons bien au Foyer, tout au long de
l’année et plus particulièrement dans cette période de rentrée, au fil des
rencontres nouvelles, des inscriptions, de la semaine de débat qui a été
organisée.
Mais écouter est capital. Sans écoute, nos
actions risquent toujours de se diluer en activisme. Ici s’exprime sans doute,
sans que nous en ayons conscience à chaque instant, l’une des racines
spirituelles du Foyer. Car les Ecritures bibliques le rappellent presque à
chaque page : Dieu écoute attentivement, même nos silences, et il nous
invite à écouter son murmure, discret et insistant, et le cri de nos frères.
Laurent SCHLUMBERGER
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